Jardin

Les fleurs ou la forme ? Le grand dilemme du jardinier

Si vous taillez maintenant vos arbustes à floraison printanière, vous allez perdre une grande partie des futures fleurs. Mais si vous ne les taillez pas, il faudra faire une croix sur la belle forme arrondie que vous souhaitiez leur donner pour passer l'hiver. Fleurs ou forme, dans le jardin, il faut choisir.

Au fond de nous-même, nous le savons tous : on ne peut pas tout avoir. C'est soit le beurre, soit l'argent du beurre. D'ailleurs dans les autres pays, c'est la même rengaine. On ne peut pas avoir le lard au grenier et les lèvres graissées en Roumanie, le tonneau plein et la femme ivre en Italie, ou la tarte entière et le chien rassasié en Grèce. Dans le jardin, c'est pareil. On ne peut pas favoriser les floraisons et vouloir des arbustes taillés au cordeau tout au long de l'année. Amateur de fleurs ou féru de forme, jardinier, choisis ton camp !

Un besoin surtout humain

La taille n'est pas une nécessité fondamentale pour la grande majorité des plantes. Elle permet avant tout de répondre aux préoccupations du jardinier : forcer la floraison et la fructification, limiter la formation du vieux bois, donner des formes et des allures esthétiques ou bien encore réduire l'expansion de la ramure. Hormis le fait qu'elle crée des plaies qui forment des points d'entrée potentiels pour les maladies, chose qu'il faut toujours garder à l'esprit, la taille, tant qu'elle n'est pas sévère, ne pose pas de problème particulier.

La tentation de la propreté

Dès le milieu de l'automne, la plupart des plantes entrent en repos végétatif, et leur croissance s'arrête. Leur forme va donc rester inchangée jusqu'à l'arrivée des nouvelles pousses du printemps. Il est alors tentant pour le jardinier de vouloir procéder à des tailles de propreté, afin que les végétaux soient mis en forme et gardent intact leur aspect durant les quatre mois à venir. Hélas cette tentation de la forme durable a l'inconvénient de compromettre sérieusement les floraisons printanières.

Une longue gestation

En effet, l'induction florale, c'est-à-dire l'apparition des embryons de fleur, a lieu très tôt en saison, généralement dans les trois à quatre mois qui suivent la floraison. Si bien que durant l'été, la plupart des arbustes à floraison printanière possèdent déjà sur les rameaux leurs minuscules bourgeons floraux. Dès l'automne, ces derniers sont matures, prêts à s'ouvrir au premier réchauffement du printemps. Un rameau florifère coupé à ce moment-là, c'est donc autant de fleurs en moins à prévoir l'année suivante.

La forme ou la fleur !

Or les tailles de mise en forme nécessaires pour l'entretien des haies ou des topiaires (boules, cônes, carrés…) nécessitent, si l'on veut qu'elles soient durables, deux à trois interventions par an. À ce petit jeu-là, les arbustes à fleurs, qu'ils soient de printemps ou d'été, sont condamnés à ne fleurir que médiocrement. Le dilemme est donc le suivant : soit vous privilégiez les fleurs et vous acceptez d'avoir des végétaux un peu hirsutes, soit vous favorisez la forme et vous acceptez de restreindre les floraisons. C'est particulièrement le cas pour les haies fleuries, de type photinias, lauriers-tins, pyracanthas, cotonéasters et les arbustes ornementaux à fleurs tels que les mimosas, spirées, forsythias, lilas, cognassiers du Japon, etc.

Benoit Charbonneau
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