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La petite histoire du cactus lune n'est pas une chimère

À l'état naturel, le Gymnocalycium mihanovichii v. friedrichii est un modeste et terne petit cactus globulaire qui vit au ras du sol comme un minuscule coussin épineux. En jardinerie, c'est tout autre chose. Il prend la forme d'une tige verte charnue de dix centimètres de hauteur, surmontée d'une jolie fleur sphérique rouge, jaune ou orange de quatre à cinq centimètres de diamètre. Mais par quel miracle ?

Le cactus lune, également appelé cactus fraise ou hibotan, est une plante chimère qui résulte de l'association de deux cactus greffés artificiellement l'un sur l'autre. La partie basse, solide et vigoureuse, qui fait office de porte-greffe, est généralement constituée d'une bouture d'Hylocereus undatus, le fameux cactus qui produit les fruits du dragon, autrement appelés pitayas. Le greffon, perché sur cette tige triangulaire côtelée, n'est pas une fleur, mais bien une plante, forme mutante du petit cactus dont nous avons parlé en introduction. Son histoire est plutôt étonnante.

La sérendipité ou l'art de découvrir par hasard

En 1941, un horticulteur japonais découvrit, parmi les milliers de germes issus d'un semis de graines de Gymnocalycium mihanovichii v. friedrichii, deux individus dépourvus de chlorophylle. Contre toute attente, les jeunes plantules « albinos » apparurent rouge vif, l'absence de chlorophylle verte ayant laissé le champ libre aux bétalaïnes, des pigments rouges sécrétés par la plante « en arrière-plan ». Charmé par le résultat, notre homme décida de multiplier et d'améliorer ces cactus à force de boutures et de greffes. Mais faute de chlorophylle, les plantules s'avéraient incapables de mener à bien leur cycle photosynthétique et donc de survivre par elles-mêmes, d'où l'idée de les associer à un porte-greffe, afin d'assurer leur nutrition. L'hibotan, ou cactus lune, était né. Il s'en vend encore aujourd'hui des milliers d'individus chaque année à travers le monde.

La base du succès

La culture du cactus lune consiste essentiellement à prendre soin du porte-greffe, seule partie de la plante en contact avec le substrat. Or l'Hylocereus undatus est un cactus de milieu mésique, qui aime les sols moyennement humides. On ne le traite donc pas comme une plante désertique et il convient de ne pas laisser le substrat se déshydrater en profondeur. En revanche, c'est une plante gélive qu'il ne faut pas exposer à des températures inférieures à 13 °C et qu'il convient de toujours placer non loin d'une fenêtre bien exposée au soleil.

Les petits flops

Chez l'hibotan, la compatibilité entre greffon et porte-greffe évolue sur une ligne de crête. La tige, plus vivace, a tendance à émettre des rejets qu'il faut systématiquement couper. La longévité de cette chimère va rarement au-delà des cinq ans et la plupart du temps, l'un des duettistes flanche avant l'autre : soit la tige flétrit, provoquant la mort des deux plantes, soit la boule tombe, laissant le porte-greffe continuer sa route en solitaire. Il n'est pas rare que ce dernier gagne alors une vigueur insoupçonnable.

Benoit Charbonneau
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