Jardin

L'éléagnus, une croissance forte qui peut surprendre

L'éléagnus est avec le photinia, l'un des arbustes les plus utilisés pour la création de haies. L'un de ses gros avantages, sa croissance rapide, est aussi dans bien des cas son inconvénient majeur. En effet, elle le contre-indique plus souvent qu'on ne pourrait le croire, notamment dans les petits jardins.

Deux jardiniers se rencontrant se tinrent à peu près ce langage. Le premier dit : « J'ai planté des éléagnus dans une haie, j'en suis content car ils poussent vite ». Et le second de lui répondre : « Moi aussi j'ai planté des éléagnus, mais je le regrette, car ils poussent vite ». Tout porte à croire que l'un et l'autre n'avaient ni les mêmes contraintes, ni les mêmes besoins dans leurs jardins.

La star des haies

Étrangement, on nomme plus volontiers l'éléagnus en écornant son nom latin d'Elaeagnus ebbingei, plutôt que par son simple nom vernaculaire de « chalef » . Mais peu importe. Voilà un arbuste qui fait référence lors de la création de haies brise-vue. Il est vrai qu'il possède de nombreux atouts pour cela : feuillage persistant, croissance rapide, résistance aux maladies, aux ravageurs, au froid, à la sécheresse, à la chaleur, à la pollution et aux embruns, il semble avoir tout pour lui. Ajoutons que son feuillage bicolore, vert sombre sur le dessus et gris argenté sur le dessous, fait apparaître de jolis contrastes lorsqu'il est bougé par le vent. Enfin, sa floraison d'automne, bien que discrète, offre aux narines un parfum suave et un pollen fort à propos pour les abeilles en toute fin de saison.

Encore des intérêts

Grâce à une symbiose racinaire développée avec la bactérie Frankia, l'éléagnus est capable, tout comme la fameuse famille des fabacées, de fixer l'azote de l'air et de s'en nourrir directement. Ceci sous-entend qu'il n'a pas besoin d'engrais pour se développer. Cela veut également dire que ses feuilles mortes, ainsi que le broyat issu de ses résidus de taille, constituent un paillage riche en azote, très nourrissant pour les autres plantes du jardin. Dernière coquetterie, l'éléagnus se décline sous la forme de quelques variétés panachées (« Limelight » ou « Gilt Edge ») dont les feuilles vertes marginées de jaune, ou vice-versa, sont très décoratives.

L'ombre au tableau

L'avantage principal de l'éléagnus aux yeux de nombreux jardiniers est sa croissance rapide, qui permet de constituer un brise-vue efficace en l'espace de deux à trois ans seulement. Mais cette extrême rapidité de développement est aussi son principal inconvénient. D'autant que l'arbuste arbore un port buissonnant qui le pousse à croître d'abord en largeur plutôt qu'en hauteur. À moins d'avoir un jardin suffisamment vaste pour le laisser se développer à son aise, l'éléagnus nécessite, au bas mot, deux tailles par an si l'on exige qu'il garde une allure à peu près rectiligne. Ses longs rameaux peuvent pousser de soixante centimètres en l'espace de quelques semaines durant le printemps. Trois mètres de large pour quatre mètres de hauteur, voilà vers quoi l'éléagnus tend inexorablement.

Trop souvent mal adapté

Avec ses ambitions de géant conquérant, l'éléagnus n'est absolument pas la plante à conseiller aux jardiniers qui souhaitent réduire le temps et l'énergie qu'ils consacrent à l'entretien de leur jardin. De même, ce n'est pas l'arbuste adapté pour créer des haies de moins de deux mètres de hauteur. Quant à son port buissonnant, il est à proscrire dans les petits jardins ainsi que dans les recoins où l'espace est compté : couloir de passage, abords de parking… Dans tous ces cas, il exige des tailles trop fréquentes.

Benoit Charbonneau
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