Cuisine et vins

L'absinthe, une fée qui revient de loin

De la plante médicinale au spiritueux sulfureux, l'absinthe a su traverser les siècles, entre gloire et déclin. Retour sur l'histoire riche en rebondissements de cet alcool qui donnait des ailes.

Connue depuis l'Antiquité, l'absinthe* est un végétal que l'on utilisait autrefois comme remède sous forme de décoction ou de cataplasme. En effet, ses vertus antiseptiques étaient alors réputées pour soigner les fièvres, les infections ou encore les maux d'estomac. Cet usage médicamenteux aurait pu se pérenniser au fil des années si une drôle de rencontre n'avait pas eu lieu au xviiie siècle. C'est à Couvet, en Suisse, à une trentaine de kilomètres de Pontarlier que l'on entend parler pour la première fois du remède du docteur français Pierre Ordinaire, exilé en Suisse sous la Révolution.
Flairant le bon filon, un homme d'affaires helvète, le major Dubied, rachète la recette du médecin en 1797 et s'associe à son gendre, Henri-Louis Pernod, pour développer la première et la plus connue des distilleries pontissaliennes en 1805. Allait alors commencer la longue saga de la Fée verte…

Une boisson nationale

Au fil des générations, l'entreprise se divise et les distilleries se multiplient. L'absinthe rencontre un franc succès et devient le spiritueux le plus en vogue de l'Hexagone. Pendant une trentaine d'années, elle sera même la boisson emblématique des militaires revenant des colonies françaises, qui l'apprécient pour sa capacité à purifier l'eau de boisson tout en apportant du réconfort aux hommes partis au front.
Avant 1870, si l'absinthe est assimilée à l'effort de guerre, elle est également réservée à la haute société et aux soirées mondaines. Ce n'est qu'à la fin du xixe siècle que la boisson se démocratise pour investir peu à peu les bars et les cafés les plus populaires. Habituellement consommée entre cinq et sept heures, la boisson s'installe partout et touche tous les milieux sociaux. À tel point que l'heure de l'apéritif est désormais surnommée « l'heure verte » en raison de la couleur de l'alcool. Cet engouement va également se propager chez les artistes qui déclarent que l'absinthe est devenue la boisson nationale.

Grandeur et décadence

L'avènement de l'absinthe ne sera que de courte durée. Au tout début du xxe siècle, cette boisson tant adorée devient le symbole de l'alcoolisme, de certaines maladies et surtout de l'aliénation. On accuse alors ce spiritueux d'alimenter la folie de certaines personnalités publiques. La rumeur raconte même que certains auraient vu une fée verte sous l'emprise de ses délétères effluves. On accuse à l'époque la thuyone, une molécule constituante de la grande absinthe, directement corrélée à son odeur et à son goût si caractéristique, de causer une dégénérescence du cerveau. Condamnée et prohibée, l'absinthe devient donc interdite à la consommation. Pour pallier ce déclin, les distilleries se mettent à proposer des apéritifs anisés sans sucre, mais les consommateurs regrettent amèrement la disparition de la sacro-sainte absinthe.

La renaissance

Pour le plus grand bonheur des fabricants et des épicuriens, la distillation de la Fée verte est à nouveau autorisée depuis le début du millénaire. En 1984, François Guy, célèbre distillateur pontissalien, entame une série de démarches dans l'espoir de prouver que l'absinthe n'est pas le poison qu'on imagine. Études scientifiques à l'appui, il parvient à démontrer que les effets nocifs imputés à cette boisson lors de sa déchéance étaient surtout liés à l'abus gargantuesque d'alcool fort (combiné pour certains à l'opium ou à d'autres drogues) auquel se livraient les milieux les plus dépravés de l'époque. Il lui faudra toutefois mener vingt années d'un long combat scientifique et juridique pour voir son rêve aboutir : en 2001, la Fée Verte fait finalement son grand retour en France, sous la contrainte d'apposer l'appellation légale « Spiritueux aux plantes d'absinthe » sur son étiquetage. Il faudra attendre l'année 2011 pour voir l'usage du seul mot absinthe de nouveau autorisé, pour le plus grand bonheur des gourmets…

* L'abus d'alcool est dangereux. À consommer et à déguster avec modération.

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