Jardin

Pourquoi semer des tomates pour y greffer des aubergines ou des poivrons ?

Les semis de tomates mènent à tout, y compris à la culture des aubergines et des poivrons. En effet, tous ces légumes d'été qui appartiennent à la même famille peuvent être greffés entre eux. Qu'a-t-on à y gagner ? Des plants plus vigoureux et plus productifs. Et de loin !

La greffe d'une aubergine ou d'un poivron sur un pied de tomate n'est pas une sinécure car elle requiert bien des opérations délicates. Doubles semis, interventions quasi chirurgicales, soins intensifs, surveillance et rempotages ont tendance à surcharger un planning déjà bien rempli par l'arrivée du printemps. En retour, le jardinier obtient des plants à la vigueur et à la productivité sans égales. Toute cette longue histoire commence dès la fin de l'hiver par des semis à chaud. Il était une fois…

Une affaire de famille

Parce qu'ils appartiennent à la même famille des solanacées, les tomates, poivrons, aubergines et piments peuvent être greffés entre eux sans risque de rejet. Cela dit, c'est en utilisant une espèce de tomate de type Lycopersicon pimpinellifolium, comme la variété " Petit moineau", en guise de porte-greffe, que l'on obtient des résultats probants. En effet, cette petite tomate groseille, proche de la souche sauvage originelle, a pour particularité d'émettre un système racinaire particulièrement vaste et dense, permettant une généreuse distribution de sève capable d'alimenter de nombreux fruits. Le recours aux pieds de tomates classiques de type Solanum lycopersicum n'engendre pas du tout les mêmes résultats.

Grosse production

S'il n'y a pas photo entre les capacités productives d'un plant d'aubergine ou de poivron greffé avec celles d'un plant classique, c'est qu'ils sont portés par la puissance végétative du pied de tomate. Les récoltes sont multipliées par deux ou trois, ce qui rend ces pieds très intéressants à introduire dans les potagers où l'espace est compté. Il est d'ailleurs souvent nécessaire de mener les plants sur deux ou trois tiges principales afin d'en canaliser la vigueur et d'éviter le développement excessif du feuillage.

L'embarras du choix

L'aventure de la greffe commence fin février par un double semis décalé, dans un intérieur chauffé. Le premier, pour le porte-greffe, puis, à quinze jours d'intervalle, pour le greffon (poivron, aubergine ou piment) afin d'obtenir des diamètres de tige identiques, soit environ un demi-centimètre. Lorsque les premiers plants mesurent une vingtaine de centimètres, on coupe alors le porte-greffe juste en dessous du cotylédon (fausses feuilles issues de la germination) et le greffon un peu au-dessus. Ensuite, pour la greffe proprement dite, plusieurs techniques existent : anglaise, en fente, au cure-dent, par perforation latérale ou par approche. Toutes nécessitent des outils propres et une grande méticulosité pour manipuler les tiges très fragiles.

Greffer, et après ?

Le temps de la cicatrisation, on pose un tuteur ou des clips spéciaux de manière à soulager le point de greffe, et l'on place les plants dans une mini-serre chaude (20 à 25 °C), humide (au moins 70 % d'humidité dans l'air) et obscure pendant les quatre premiers jours. Puis, durant les dix jours qui suivent dans les mêmes conditions, on les ramène progressivement à un ensoleillement normal. Ils sont ensuite menés comme des jeunes plants normaux qui devront être rempotés une fois ou deux avant leur mise en terre, après les derniers risques de gelée passés. Puisque le porte-greffe est un pied de tomate, il importe de s'en occuper en tant que tel au niveau des besoins en arrosage et en engrais.

Des économies substantielles

Si les petits plants d'aubergines ou de poivrons se négocient autour d'un euro en jardinerie, les plants greffés, qui réclament plus de soins et d'attention, se vendent cinq à six fois plus cher !

Benoit Charbonneau
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