Jardin

Le laurier, une "herbe" aromatique pour le moins encombrante

Composant essentiel des bouquets garnis, le laurier-sauce fait partie, au même titre que le thym, la sauge ou le romarin, des herbes aromatiques. Hélas, voilà un terme bien mal approprié pour classifier cet arbuste géant. En conséquence de quoi, dans le jardin, ce mastodonte n'a malheureusement pas sa place dans le petit coin réservé aux fines herbes…

Le laurier-sauce (Laurus nobilis) chemine sur la ligne de crête qui sépare l'arbre de l'arbuste. En effet, lorsque l'environnement s'y prête et que les conditions de culture lui sont favorables, il peut dépasser quinze mètres de hauteur. Pour autant, l'obstination de ses branches basses à rester en place, empêchant l'apparition d'un tronc dénudé, lui impose, botaniquement parlant, de rester dans la catégorie plus modeste des arbustes. Mais qu'importe, dans les deux cas, nous avons affaire à un géant dont il ne faut surtout pas sous-estimer l'encombrement.

Gigantesque aromatique

Le profil habituel des fines herbes (persil, basilic, ciboulette, estragon…) est la frêle plante herbacée, annuelle ou bisannuelle, qui n'encombre personne. Quant aux herbes dites « aromatiques », comme le thym, le romarin ou la sauge, il s'agit d'arbrisseaux, certes persistants et ligneux, mais qui ne dépassent pas, pour les plus volumineux, la taille d'un gros buisson. Installer un laurier-sauce au milieu de tels rase-mottes relève de l'hérésie car il impose des tailles drastiques pour le maintenir à des dimensions raisonnables. Il est donc préférable de l'installer en dehors du carré des aromatiques, afin qu'il se développe plus à son aise, sans gêner, par l'ombre qu'il porte ou la place qu'il occupe, la croissance des autres aromates.

Comme un arbre

La première des solutions consiste à le considérer comme un arbre et à le planter en sujet isolé dans un coin du jardin. Attention toutefois, étant donné sa croissance vigoureuse, il est rare de pouvoir le laisser pousser librement sans que des tailles drastiques de maintien ne s'imposent, notamment à cause de sa propension à émettre de nombreux rejets à son pied. De même, prenez garde au fait que son feuillage est persistant, ce qui, pour une plante de la taille d'un arbre, est assez rare. Anticipez les problèmes que son ombre pourrait porter, en particulier durant l'hiver. Il existe cependant quelques variétés naines ne dépassant pas les deux mètres de hauteur comme « Little Ragu » ou « Little Laura ».

Au cœur de la haie

C'est la raison pour laquelle le laurier-sauce est souvent intégré aux haies panachées, mixé aux éléagnus, photinia, laurier-palme, troène… De la sorte, il peut suffisamment s'épanouir tout en s'intégrant dans le plan d'entretien et de taille propre aux haies. Cela dit, les tailles régulières favorisent la densification de la frondaison du feuillage. Ceci a tendance à entraver la circulation de l'air et favoriser le développement des maladies cryptogamiques dont l'une est friande du laurier-sauce : la fumagine.

Un fauve en cage

Finalement, dans les petits jardins en tout cas, la meilleure solution pour mener un laurier-sauce sans pour autant s'encombrer d'un colosse est de l'installer dans un pot. Entravé par le faible volume de substrat mis à sa disposition, l'arbuste aura tendance à se nanifier et garder au fil des années une taille modeste et raisonnable, sans nécessiter d'entretien.

Benoit Charbonneau
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